Ou plutôt, que s'est-il passé durant ce long silence ?

Je pourrais la jouer dramatique, avec de gros effets de manches à tirer des larmes d'un cœur de pierre. Je pourrais aussi le faire humoristique, dédramatiser à coup de second degré. Je crois que je vais simplement faire au plus juste.

En octobre dernier, une nouvelle m'a littéralement assommée : je suis atteinte d'une phlébite profonde à la jambe. Non, ce n'étaient pas de bêtes varices qui se déclaraient à la faveur de l'hiver et du chauffage trop près, mais bien un vilain caillau de sang qui s'amusait à me bloquer les veines, non loin de la hanche, obstruant de même toute la circulation de ma jambe et menaçant à tout instant de remonter jouer les troubles fêtes dans mes poumons.
Immobilisation immédiate, une semaine d'arrêt maladie et un traitement à prendre pendant au moins six mois... Sans compter les risques en cas de future grossesse et le suivi à vie auquel je devrai désormais me plier. Voilà de quoi vous faire revoir vos priorités.

Quelles sont-elles justement ?

Début novembre, une nouvelle collaboratrice entre en scène, au travail. Voilà longtemps (presqu'un an, sinon deux) que nous l'attendions. J'avais peur, bien sûr, puisque ce sont mes tâches qui ont été partagées entre nous deux. J'avais peur de me retrouver avec un poste vidé de sa substance, mais aussi de me retrouver en concurrence, pour la première fois, avec une personne aussi qualifiée, voire plus, que moi. Bonne surprise : la demoiselle est du genre sociable, agréable, et les échanges que j'ai avec elle me décillent les yeux. Non, ce n'est pas moi qui suis naïve et idéaliste, c'est vraiment ma boîte qui ne tourne pas rond. Je peste en mon fort intérieur, je tempête comme un animal en cage. Toutes mes frustrations emmagasinées depuis maintenant deux ans rejaillissent encore plus fort. Ça ne va pas. Ça ne va plus.

Début décembre, semaine dernière, j'arrive à mon bureau un matin, mon responsable n'est pas là, mais il ne m'a pas oublié : avant de partir, il a trouvé le moyen de m'humilier une fois de plus. Une fois de trop. Je craque.

Quelles sont mes priorités ?

Il est temps pour moi d'abandonner, non pas mes rêves, mais cet opiniâtre besoin de trouver du bon en chaque chose et en chacun. Il n'y a rien de bon pour moi à espérer de cette situation, rien de bon à tirer de cet endroit. Je ne dirai pas que j'ai perdu mon temps, je refuse de croire qu'on puisse perdre quelque chose à s'investir autant. J'y ai gagné une expérience, j'y ai muri à force de plomb dans l'aile, j'ai failli y perdre qui je suis, mais au final, je me suis retrouvée encore plus étroitement je crois. Tant de remises en question, tant de doutes, tant de révoltes... et au final, tant de regrets et d'espoirs encore.

Je n'ai que 28 ans, et c'est pour cela que je refuse de croire qu'il n'existe pas, ailleurs, un futur plus lumineux. J'irai le chercher. J'irai le trouver. J'irai le vivre.
Un futur où ma phlébite me rappellera de prendre soin de moi. Un futur où mes enfants seront aussi fiers de moi que je le serai d'eux. Un futur où je pourrais me lever le matin en souriant, et en songeant sincèrement : "Ah! Que ma vie est belle!"

Oyasuminasai*...

Saksha.

*Bonne nuit.